Takeshi Kitano: « si j’Ă©tais devenu yakuza, je serais peut-ĂŞtre mort aujourd’hui »
C’est une des nombreuses confidences recueillies par le journaliste français Michel Temman au long de quatre ans et demi d’interviews, rassemblĂ©es dans un livre Ă paraĂ®tre prochainement, sous le titre « Kitano par Kitano » aux Ă©ditions Grasset.

Né en janvier 1947 dans une famille pauvre, le jeune Takeshi Kitano a grandi dans Shitamachi (la ville basse), comme on surnommait les bas-fonds de Tokyo. Son père, peintre en bâtiment, était un joueur et un alcoolique, qui ne communiquait pratiquement pas avec ses quatre enfants. Au cours de son enfance, il fait les 400 coups avec ses amis, dont bon nombre sont devenus des Yakuza par la suite.
Heureusement, grâce Ă l’Ă©ducation stricte de sa mère, c’est une autre voie qu’il empruntera. PassionnĂ© par les mathĂ©matiques et les sciences, Takeshi va jusqu’Ă l’universitĂ©, mais il abandonne en cours de route pour vivre son autre passion, le spectacle.
Après des dĂ©buts sur les planches du « Théâtre français » d’Asakusa, Ă Tokyo, il accède Ă la tĂ©lĂ©vision oĂą il devient l’une des stars des Ă©missions de divertissement sous le surnom de Beat Takeshi, au comique dĂ©lurĂ©. Aujourd’hui encore, il participe Ă huit Ă©missions hebdomadaires sur le petit Ă©cran, parallèlement Ă sa carrière de cinĂ©aste.
La vĂ©ritable consĂ©cration vient avec le cinĂ©ma. Son premier film en tant que rĂ©alisateur, Violent Cop (1989), un polar noir dans lequel il joue le rĂ´le d’un flic brutal, fait taire les dĂ©tracteurs de Beat Takeshi. C’est avec Sonatine (1993), son 4e film, consacrĂ© aux yakuza, qu’il est reconnu par la profession Ă l’Ă©tranger, mais toujours pas au Japon.
L’annĂ©e suivante, Kitano frĂ´le la mort de très près. Il garde sur le visage les traces du grave accident de scooter survenu en aoĂ»t 1994 Ă Tokyo, après une soirĂ©e très arrosĂ©e. « J’aurais pu mourir. Il y a eu un enchaĂ®nement de coĂŻncidences qui m’ont sauvĂ© la vie », raconte-t-il.
Kitano l’hyperactif se remet au travail et tourne Kids Return (1996), consacrĂ© aux jeunes des quartiers pauvres, puis l’annĂ©e suivante sort son chef d’oeuvre, Hanabi, un film d’amour poignant sur fond de lutte antimafia. Enfin acclamĂ© dans son pays, Kitano se voit dĂ©cerner le Lion d’or Ă Venise. En 2003, son western-spaghetti Ă la japonaise, ZatoĂŻchi, Lion d’argent, remporte un immense succès au Japon et Ă l’Ă©tranger.
Outre la sortie du livre, d’autres Ă©vĂ©nements sont prĂ©vus cette annĂ©e en France pour rendre hommage Ă cet artiste complet: une rĂ©trospective de ses films au Centre Pompidou et, plus Ă©tonnant, une exposition de ses peintures Ă la Fondation Cartier Ă Paris. »Ce sont des peintures et des dessins d’enfant. Si je disais que c’est plus qu’un passe-temps, les gens me riraient au nez ».